1-15-05
LETRAINDESPIGNES

Hello Gerhard How are you ?

Très bien, merci et toi ? Répondis celui-ci à George.

Les deux amis avaient décidé de se retrouver à l’aéroport de Roissy, juste à l’arrivée du vol de Washington,

Gerhard étant à Paris depuis la veille, pour emprunter le TGV à destination de Nice.

11 h 24 : « Le TGV à destination de Nice ….. » la voix du haut-parleur se perdit dans le crissement

des freins ; . La rame bleue et grise entrait majestueuse.

Voiture 3 - Fauteuils 32 & 33 - A peine le temps de s’installer et déjà le TGV accélérait pour atteindre sa vitesse de croisière de 300 kms/heure.

George était surpris et étonné, c’était la première fois qu’il roulait si vite.

« Ah ! Ces Français tout de même, quelle technologie et savoir-faire » dit-il à Gerhard.

Mais celui-ci moins impressionné lui apprit que Siemens avec l’ICE les avait rattrapés.

Les stations défilaient : Macon, Valence, Avignon. Il était temps de se rendre à la « Voiture-Bar », juste à côté. Ils prirent un sandwich jambon-beurre et une bouteille de « Côtes du Rhône ».

George ne comprenait pas très bien. Gerhard lui parlait de la vallée du Rhône, du fleuve et de ses galets.

Mais où était donc la Côte ? Et puis il lui semblait aussi qu’il lui avait parlé de « L’Or du Rhin ».

Tout s’embrouillait un peu dans sa tête ; mais déjà le TGV s’engouffrait dans le grand tunnel de Marseille

et ralentissait. A la sortie, la rame se faufila dans l’écheveau des aiguillages puis reprit peu à peu de la vitesse à un « train de sénateur » car elle était maintenant sur la ligne classique limitée à 120.

La Ciotat, Bandol. La grande bleue avait surgi sous leurs yeux émerveillés. Après le bref arrêt de 

St Raphaël, ce fut l’extase, le TGV se lovait dans les courbes du massif rouge de l’Esterel tout en frôlant

une mer d’un bleu intense avec quelques petites crêtes d’écume dans les criques. Au loin quelques voiliers se balançaient…. Puis ce fut Cannes, Antibes et Nice à 17 h 44.

Les deux amis se rendirent à l’hôtel « West End » sur la « Promenade des Anglais », construit sous

Louis-Philippe, dont le restaurant « Le Siècle » avait conservé son ambiance « Belle Époque ».

La nuit les enveloppa de son grand manteau sombre et ils rêvèrent qu’ils étaient les « Rois de France ».

SchnellSchnellse répétait Gerhard dans sa tête tout en marchant d’un bon pas. C’était ainsi à chaque fois qu’il pensait être en retard. George « rigolait » de le voir si excité, mais on avait le temps, l’autorail ne partait qu’à 9 h 00 et c’était un tantinet délicieux de regarder les vitrines de l’avenue Jean Médecin.

Le soleil était chaud en ce début de juin et les arbres dispensaient une ombre bienfaisante.

Enfin, la « gare du sud » surgit. Un bâtiment moderne sans charme. Le guichet des billets, le quai !

Et là,un joli petit autorail rouge et gris, avec sa remorque, ronronnait doucement.

Le matériel rappelait à Gerhard les fameux « Schienenbus » de la Forêt Noire.

« Schöntheirschön, » s’exclama l’allemand. « Vraiment beautiful, le voilà ton « Zug »des Pignes »

répliqua l’Américain légèrement moqueur.

Ils s’installèrent confortablement à l’avant et déjà le sifflet annonçait le départ.

A petits pas, l’autorail s’avança prudemment pour traverser le boulevard Gambetta, où les automobilistes pestaient contre cet « engin d’un autre âge », puis pris de la vitesse s’élevant rapidement au dessus de

l’église Russe, du Lycée du Parc Impérial. Après un court tunnel, le convoi se laissa glisser à la vitesse vertigineuse de 50 kms/heure, tout en se dandinant sur la voie, dans la vallée du Var.

La rivière paressait entre les lits de galets, tantôt à droite, tantôt à gauche. Bientôt on atteignit les gorges de la Mescla, le site se rétrécit et les deux amis se demandèrent comme l’autorail allait se faufiler au milieu de tous ces rochers, se contorsionnant dans les courbes et contre-courbes. A leur grande surprise, tout à coup, le train s’engagea dans un tunnel pour ressortir quelques instants plus tard au ras de ce qui était maintenant un torrent aux eaux grises et turquoises. Le « pin-pon » résonna le long des parois rocheuses et l’écho le renvoya comme un joyeux bonjour.

Gerhard était « aux anges » et George se disait qu’il n’y avait qu’en France que l’on pouvait trouver un

tel « voyage dans le temps ».

Il était un peu plus de dix heures, lorsque la rame s’immobilisa en gare de Puget-Théniers. Les deux amis descendèrentprestement. Et là, sur l’autre voie Gerhard n’en crut pas ses yeux. Elle était là, la « Pinguely »

rutilante avec sa robe verte et ses filets rouges. Elle chuintait doucement, la vapeur filtrant de-ci delà, une légère fumée grise s’échappait de la cheminée avec une bonne odeur de charbon.

Derrière elle, le mignon fourgon gris et les trois petits wagons du « Far-West ».

C’était vraiment « wunderbar » & « wonderful »

Le sifflet du chef de gare retentit, il était temps de monter sur la plate-forme.

La locomotive se mit à cracher la vapeur et un panache de fumée s’envola dans le ciel d’azur.

« Tac-tac » firent les roues des wagons en passant sur l’aiguillage avant d’aborder le passage niveau puis de traverser le Var sur le grand pont-cage métallique.

Insensiblement on prenait de la vitesse, 25, puis 30 kms/heure, mais pas au-delà.

Gerhard & George, le nez à la fenêtre observaient le paysage si rocheux, si aride. Ce fleuve avec si peu d’eau. Ce n’était pas l’Arizona, mais avec beaucoup d’imagination ………

Le train s’arrêta en gare d’Entrevaux, petite citée médiévale aux portes de l’Italie. Tout au moins, c’est ceque croyait George, du fait que dans les fortifications se trouve la « porte d’Italie ».

Gerhard se fit un devoir de lui expliquer que cette région pas plus que Nice n’avaient été italiennes, ayant

dépendu autrefois du Royaume de Savoie & de Sardaigne.

Le convoi repartit, il allait maintenant attaquer la longue rampe qui le mènerait à Annot.

Le chauffeur donna toute la puissance de la machine et petit à petit de courbes en viaduc, de tunnels en ravins vertigineux, au milieu des sapins le train s’élevait allant son petit bonhomme de chemin.

Les deux amis s’étaient levés pour se placer à gauche et mieux admirer la vallée qui s’enfonçait peu à peu sous leurs yeux, ils ne disaient plus rien. Un aigle planait là-haut dans le soleil en quête de gibier.

Une hirondelle fit la course un moment avec eux, du moins le crurent-ils !

On était maintenant surle haut viaduc du « Coulomp ». Tout en bas un mince filet d’argent se frayait

un chemin dans les pierres et une maigre végétation.

Puis les rochers, les « grès d’Annot » happèrent le « Train des Pignes » qui arrivait au terme de son voyage

et se laissait glisser le long du quai.

Il était presque midi, une heure pour faire 25 kms ! Mais quel voyage, quelle émotion d’avoir retrouvé le

« tortillard » d’autrefois. Gerhard était vraiment content, il ne savait comment remercier George.

Il parla au chauffeur, puis au chef de gare. Celui-ci le prit en photo devant la machine, puis avec George,

puis devant les wagons. 

Ils s’enquirent du déjeuner, il y avait tout ce qu’il fallait au buffet : Pâté, jambon, fromage, pain & vin.

Ils s’assirent au soleil sous un parasol pour se redonner des forces, car ils venaient d’apprendre que de l’autre côté de la gare une délicieuse promenade les attendait.

Allez « go » dit George. Les deux amis s’engagèrent dans le petit chemin. Là, une pancarte les intrigua, elle indiquait « chambre du roi ». Y avait-il donc quelque part un château ou un palais avec un roi ? 

Le sentier serpentait entre les rochers et les arbres. L’air était doux, l’ombre légère et nos « vaillants guerriers » partaient à l’assaut de l’inconnu. Le replat d’un grès leur permit d’admirer le village déjà si lointain, mais il ne fallait pas traîner.

Au détour du chemin, tout à coup, un énorme rocher leur barra presque la route ; il était gris-noir.

Sur le côté, ils aperçurent un petit panneau avec une flèche en direction d’une petite ouverture. Il était écrit :

« Chambre du Roi » ! Où était donc le grand portail se dirent-ils?. Mais à l’évidence, c’était bien là.

Ils durent se résoudre à s’accroupir et à entrer à quatre pattes avecinquiétude, cependant le curiosité était la plus forte. Comme c’était sombre. Mais peu à peu leurs yeux s’habituèrent. Deux grands pans de rochers se faisaient face séparés seulement au sommet par une ouverture par laquelle on apercevait le ciel.

Et puis, il y avait bien le lit, en fait une roche plate qui l’évoquait. C’était vraiment incroyable.

Hello, Hou-hou,et la salle résonnait en écho. Quel amusement ! Alors ils se photographièrent pour montrer

ce site à leurs amis.

Mais déjà, il était temps de sortir pour descendre reprendre le train.

Tu sais dit Gerhard à George, j’ai vu le train à vapeur, mais pas l’autorail bleu & gris du « Train de la Côte ». En bavardant avec les cheminots, j’ai appris que je pouvais le retrouver dans une région de France.

Ah ! Oui et oùdemanda George ?

Hé bien, c’est une autre histoire répliqua Gerhard, et George malgré son insistance ne put en savoir davantage. Résigné, il se dit que la suite était au prochain et dernier chapitre.

Ils arrivèrent à la gare en même temps que le train et un nuage de vapeur les enveloppa, leurs silhouettes

s’estompèrent sous les yeux ébahis des autres voyageurs.

3 Décembre 2004

PierreDecey

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Note de l’auteur :

ANNOT (Alpes de Hte Provence) - Altitude 708 m - est située à 80 kms de Nice et desservie par 4 aller-retour avec les autorails des « Chemins de Fer de Provence », sur la ligne Nice <-> Digne.

Il faut compter 1 h 45 de trajet.

Certains dimanches d’été un train à vapeur d’époque, le fameux « Train des Pignes » est mis en route sur le trajet : Puget-Téniers <-> Entrevaux <-> Annot et retour. Il faut réserver plusieurs semaines à 

l’avance tant le succès est grand.

Il y a un bon, mais simple, hôtel-restaurant « L’Avenue » en descendant de la gare.

Menus à 15 et 23 € -11 chambres à 51 et 62 €.

Quant à la « Chambre du Roi » elle existe réellement sur le circuit forestier des « Grès d’Annot ».

Durée 2 h 30 - Etre équipé de chaussures de montagne, vêtements de sport confortables, sacs à dos avec

pique-nique et bouteille d’eau(1 L et demi par personne) ; lunettes de soleil et chapeau ou casquette.

Référence : Petit livre = 75 randonnées pédestres ; page 65

« Entre Digne et Nice avec le Train des Pignes ».

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