La Faune Sauvage et Heureuse de Princeton,

Cité Universitaire de New Jersey

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Rencontres surprenantes – quelques résonances – et puis un sourire

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10-02-05

Princeton est une ville universitaire – où on préfère la tranquillité, avec un beau campus, un petit quartier d’affaires, et une banlieue animée de 25,000 résidents.  Où la nature sauvage peut-elle encore prospérer ?  Pas facilement sur le campus.  Le programme d’étude est trop exigeant pour que les étudiants soient trop passionnés.  Les scientifiques sont trop impliqués dans leurs recherches en poursuite d’un autre Prix Nobel.  Mais regardez aux abords de notre ville !  A la périphérie de Princeton, vous pouvez observer des troupeaux de chevreuils qui apparaissent de nuit depuis la forêt environnante pour moissonner les parterres de jolies fleurs des jardins de la ville.  Regardez haut dans le ciel, où de temps à temps des vautours peuvent être vues très haut, cerclant silencieusement – ou les oies canadiennes volent rapidement en formation delta, leurs cris de la liberté d’une migration à grande distance parfois encore audible dans la nuit.  Mais les animaux qui vivent en ville se sont adaptés à la vie de banlieue, et se sont approchés des humains.  Qui peut encore douter de leur aptitude pour la conscience, la pensée, les émotions, après les avoir longuement observés avec empathie ?  Laissez-moi vous parler de certains de mes animaux-amis qui vivent dans notre jardin.          

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L’ÉCUREUIL

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Pour écrire, je m’assieds dans la fenêtre en saillie octogonale de l’étage supérieur, où un imposant érable japonais apporte son ombre en été.  Mais cet arbre fournit également des pépins pour les écureuils qui s’y alimentent.  L’un de ces écureuils me connaît bien maintenant.  C’est le même qui creuse des trous profonds dans ma pelouse  pour y cacher ses réserves.  Je lui suggère de louer un compartiment de coffre-fort à la banque, en ville, comme tout le monde le fait – mais il se contente d’incliner sa tête et de détaler.  Parfois, cet écureuil s’élève sur une branche, tout près de ma fenêtre.  Là, il se repose durant plusieurs minutes, m’observant taper sur les touches de mon ordinateur ;  il me regarde comme s’il voulait me demander quelque chose.

 

« Pourquoi grattes-tu toujours au même endroit avec tes pattes, alors que tu ne trouves rien à manger ? »

« Ce n’est pas la façon de subvenir à ses besoins et de sauver un peu pour des périodes difficiles – ou pour la vieillesse » poursuit-il d’un air supérieur – comme s’il m’aurait entendu parler des fois à mes fils !

« Tu dois t’appliquer, sauter de branche à branche, chercher ici et là, avec logique.  C’est la manière de trouver des bonnes choses »

 

Puis il bondit – mais seulement sur la branche voisine.  Là, il commence à mâcher quelques pépins délicieux, mais en regardent par-dessus son épaule pour s’assurer que je l’ai vu et ai compris. 

 

Il fait cela trois ou quatre fois, revenant toujours vers ma fenêtre.  Tandis que je ne montre pas de réaction, il pousse un soupire, et m’abandonne pour retourner à ses propres affaires, me laissant continuer à gratter toujours sur les touches de mon vieux ordinateur.  En reconnaissance, je dépose quelques noix au pied de l’érable.

 

Plus tard, dans l’automne,  quand les gels arrivent, quand les nuits tombent vite, les rôles s’inversent.  Une lumière douce émane de mon confortable bureau.  L’écureuil monte et se repose là, près de ma fenêtre, regardant et pensant, sa tête légèrement inclinée.  Mais comme s’il voulait prouver qu’il n’est pas du tout du mauvais côté, il saute vers le bas de la pelouse, récupère une belle noisette de l’un de ces trous, et disparaît dans son nid de feuilles d’automne, haut perché dans son arbre, mais pas sans m’ayant jeté un dernier coup d’œil triomphant. 

 

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Les  CoRneilleS

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Cette année, la famille locale de corneilles – une partie du clan de notre ville – a établi son nid juste au-dessus de notre terrasse, au sommet d’un frêne.  Nous avons observé les allées et venues pendant la construction du nid, puis la période plus calme de la couvaison, et finalement les petites têtes des poussins-corneilles sont apparues au bord du nid. Les parents ont eu des semaines difficiles pour bien les alimenter.

 

            Un samedi soir, nous avons eu un dîner de spaghetti et de poulet, tous assis sur la terrasse.  Les parents-corneille, assis sur le nid, ont admiré notre repas avec la plus grande envie, d’autant plus qu’il était très copieux et que nous ne pouvions pas tout manger. Comment pouvions-nous vivre aussi confortablement dans notre maison, sachant que ces pauvres poussins-corneilles avaient le ventre creux ?

 

            J’ai pris une assiette en papier, l’ai remplie de spaghetti avec quelques beaux morceaux de poulet sur le dessus, et l’ai placée sur la pelouse, à quelque distance de nous, mais de manière à ce que les oiseaux  puissent la découvrir facilement.

 

            Un survol seulement permit aux corneilles de repérer l’assiette. Tout de suite, les parents se posèrent sur les branches élevées de l’épicéa et des noyers noirs au fond de notre jardin, exprimant fortement leur excitation, prenant soin de ne pas voler immédiatement trop bas vers la nourriture.

 

            Plus de dix minutes se s’écoulèrent avant que les corneilles s’approchent prudemment de leur proie. Tout en nous regardant nerveusement, elles commencèrent à descendre lentement pour les branches d’en bas – un quelconque mouvement ou un bruit émanant de notre côté les faisaient remonter.

 

            Finalement, elles se posèrent sur la pelouse, à une distance de sécurité du plat alléchant. L’une ou l’autre s’approchait du plat, à pas prudents, le lorgnait en inclinant la tête, et une fois de plus reculait pour se mettre à l’abri.

 

            La progression finale se fit lorsque l’une des corneilles – est-ce que c’était le mâle ou la femelle ? – s’est enfin approché plus près pour picorer rapidement la nourriture, pour arracher un spaghetti comme un ver blanc se tortillant ; puis l’autre corneille est venue faire de même avec un bon morceau de viande de poulet.  A présent, il ne fallait plus lâcher prise !  Les becs s’enfonçaient profondément dans l’assiette et, avec de grands coups d’aile, les parents heureux s’envolaient vers le nid, le bec abondamment chargé ; les poussins en attente au balcon de leur maison perchée avaient tout observé, avec grande convoitise.

 

            Le plat fut vidé avant que la nuit ne devienne trop noire, et un silence heureux se fit dans le nid.  J’ai connu ces moments à l’époque où nos enfants, encore petits, vivaient avec nous.  Chaque année, à l’arrivée d’un chèque de remboursement d’impôt surpayé, nous célébrions l’événement en allant dîner en ville, au restaurant « Alchemist  and Barrister » ou « Rusty Scupper » ; il y avait abondance de nourriture sur la table, permettant aux enfants de prélever les restes pour un complément de dîner, de retour à la maison !

 

            Nous avons apprécié le comportement naturel de nos locataires dans l’arbre, et nous nous sommes sentis fiers de les avoir un peu aidés.  Ainsi, presque quotidiennement, nous avons déposé de la nourriture.  Un soir, nous avons mangé tellement tard que le repas s’achevait à la nuit tombée. Les corneilles n’avaient pas eu leur ration, et je savais qu’ils ne sortent pas de nuit.  Nous entendions leurs plaintes dans le haut de l’arbre, plongé dans l’obscurité ; mais nous avons mis leur assiette sous la table de la terrasse, afin d’éviter que les rôdeurs nocturnes ne s’en approchent : les opossums, et ceux que nous ne connaissons pas et ne voulons pas connaître spécialement, ainsi que le chat du voisin.

 

            Peu de temps après 6 heures du matin, alors que le soleil commença à se lever pour poudrer d’or le sommet des arbres, nous avons été réveillés par le caquetage furieux de l’un des parents-corneilles, posé au bord de la fenêtre de notre chambre à coucher, face à notre lit où il ou elle pouvait nous voir dormir.  Il ou elle demeura ainsi jusqu’à ce que je me lève – toujours en tenue de pyjama – quel spectacle ! – pour aller extraire l’assiette chargée de dessous la table et la déposer sur la pelouse, à l’emplacement où les corneilles l’attendaient légitimement !

 

A ce moment-là, les poussins quittèrent leur nid et vinrent se poser loin de l’assiette, les parents faisant la navette entre l’assiette et les poussins.  Comme la vie peut être belle !

 

            De plus, le bruit s’était répandu dans le clan des corneilles de Princeton au sujet de la vie privilégiée dans notre jardin.  D’abord un oncle ou une tante, puis au moins une dizaine d’autres corneilles avec leurs enfants, ont voulu profiter de ce bien-être public.

 

            J’ai quelque expérience avec les gens et ainsi j’ai jugé que nous rendions un mauvais service aux corneilles. Les poussins n’apprendraient  pas à trouver eux-mêmes leur nourriture et le clan perdrait son territoire négligé à un autre clan – sans parler de l’effet de béquille de trop d’aide.  D’un jour à l’autre, l’approvisionnement en nourriture a été supprimé !  Les plaintes sauvages du clan des corneilles ont duré  pendant des semaines.  Je n’ai jamais dit à quiconque que je continuais secrètement à déposer un petit peu de nourriture, pendant quelque temps …. Comment pouvions-nous vivre aussi confortablement dans notre maison, sachant que ces pauvres corneilles avaient le ventre creux !

 

De temps en temps, les corneilles viennent encore au point d’alimentation, et vocalisent toujours avec nostalgie, particulièrement quand elles me voient les observer !

 

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L’ OISEAU   DANS  LE BUISSON

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            J’aime me promener dans notre jardin et m’asseoir sur ce banc, sous le baldaquin que forme les branches de ce buisson.  Depuis le printemps dernier, je suis souvent salué par un petit oiseau, à la voix plutôt mélancolique :

 

« Yeeeeaaaahhhh » ; il appelle doucement, démarrant sur un ton élevé et finissant sur un ton plus bas.  

J’ai appris à répondre et j’appelle aussi « Yeeeeaaaahhhh ».

C’est précisément la petite conversation que mon petit ami espérait.

Ainsi, pendant quelque temps, s’échangent les « Yeeeeaaaahhhh, Yeeeeaaaahhhh ».

 

            Le petit oiseau change de position dans le buisson, tantôt sur ma droite, tantôt sur ma gauche, s’approchant lentement, pour finalement appeler dans mon dos. Mais un faux mouvement – ou peut-être une fausse note – le fait se retirer rapidement. Je l’ai vu une seule fois, en me retournant – en ayant le sentiment d’être Orphée – et immédiatement, il s’est envolé pour ne pas revenir ce jour-là.

 

            Le jardin est très silencieux la plupart du temps. Mais quand je m’approche près de ce buisson, le « Yeeeeaaaahhhh » recommence.  Récemment, j’ai essayé de mettre un son un peu plus joyeux dans nos conversations.  Parfois, cela semble réussir. Mais la tentative d’un changement de rythme est absolument rejetée.  La vie dans l’obscurité du buisson semble engendrer la mélancolie.

 

                        A présent, l’hiver est arrivé. Seuls quelques oiseaux des neiges, des mésanges, et un pic-vert viennent occasionnellement à notre mangeoire à oiseaux. Je ne peux qu’attendre de voir revenir le printemps et mon petit ami, comme j’ai l’habitude de le faire avec plaisir, depuis plusieurs années.

 

                        Laisse-moi te lancer un accueillant « Yeeeeaaaahhhh » pour la Nouvelle Année !

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LES  SOURIS

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            Nous avons une maisonnette pour nos invités, à l’arrière de notre maison, et nous ne voulons pas qu’elle soit considérée comme un garage converti !  Il y a un tapis beige sur le plancher, un cerf-volant de dragon chinois tendu entre les poutres, un beau lit pour nos invités, et même, accrochée au- dessus du lit, une reproduction de l’Ecole de Peinture de Hudson River représentant un merveilleux paysage de montagne.  Le lit est recouvert d’un accueillant couvre-lit Amisch, avec deux oreillers moelleux (nous acceptons les couples mariés, n’oubliez pas !)

 

            La maisonnette est très silencieuse, mais de temps en temps, nos invités ont signalé entendre des bruits venant d’entre les poutres. Comment se fait-il ?  Non, ce n’est pas un fantôme qui se promène portant sa tête sous son bras, un vétéran oublié de Princeton ayant participé à la bataille de Washington en 1777, attendant que son Hessian petit ami bien-aimé vienne l’enterrer !

 

Une fois, nous attendions une invitée venant  nous voir à la fin de l’automne. Voulant être sûr qu’il n’y avait aucun problème avec ce bruit, je suis resté dans la maisonnette jusqu’à la tombée de la nuit, calmement, avec même un appareil-photo pour saisir celui qui apparaîtrait !  Oui, j’ai entendu un très léger bruit, assourdi, dans la direction du lit ; mais il était si faible qu’il était difficile de discerner si c’était sur ou sous, ou derrière le lit, et il n’a pas retenu mon attention. Je n’ai même pas inventé une nouvelle histoire pour éveiller la curiosité de la famille. 

 

            Eva, ma femme, a dû préparer le lit avant l’arrivée de notre invitée.

Qu’a-t-elle trouvé? Juste sous l’un des oreillers, une généreuse cachette de graines sauvages  était gentiment organisée !

 

            « Des souris !!! », a-t-elle hurlé, et je suis accouru !  

 

Que faire ?

 

            Je sais par expérience que les gens réagissent différemment face aux animaux, selon ce qu’ils voient.  Un rat est laid et est rejeté tout de suite.  Un hamster est mignon.  Une souris grise de maison n’est pas bienvenue.  Mais la souris des champs, au ventre blanc, à la peau fauve – assez fréquente au fin fond du New-Jersey – est si jolie que l’on peut la trouver dans les magasins de jouets, reproduite en peluche, pour que les enfants la dorlotent.

 

            J’ai trouvé un piège et attrapé une souris.  C’était l’une de ces mignonnes et belles petites souris des champs ; le problème semblait résolu, et même définitivement, car les bruissements ont cessé.

 

            Mais que faire avec la cachette constituée par les souris pour manger au cours de l’hiver ?  Il a fallu nettoyer à fond : le lit a été shampouiné, un parfum français de lavande rapporté de Cannes a été vaporisé, et notre invitée n’a rien su – appréciant notre « élégant logement », comme elle a déclaré.

 

            Quelque temps après, nous avons mis un sac de graines de pelouse dans l’espace de rangement du garage-maisonette, avec un accès facile au jardin extérieur, mais aussi avec accès aux poutres.  Les souris ont rendu la courtoisie en demeurant loin du lit, préférant de toute façon rester plus près du sac de graines.

 

            Parfois, je voudrais être un noctambule, assez petit, pour rendre visite aux souris et passer du bon temps avec elles.  J’organiserais une fête, juste en haut de ces oreillers, dansant, se régalant, et tout !  

 

Mais après, je remettrais tout en ordre !

 

            Notez ça bien, vous, les souris sauvages !

 

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LE  LAPIN

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Nous avons un lapin dans notre arrière-cour, appelé « Bunny » par tous, comme il est d’usage. Bunny est un solitaire. Seulement, de temps en temps, au printemps, il fait son apparition avec de tous petits bébés-lapins.  Mais ceux-ci disparaissent en grandissant – à moins qu’ils ne soient capturés par le hibou ?  Seul, notre bon vieux Bunny reste.

 

            Bunny se comporte bien, mangeant normalement et seulement l’herbe de la pelouse.  Au cours d’un été où nous avons eu une grande sécheresse, toute l’herbe ayant tourné au gris-brun, Bunny est passé sur son arrière-train et a mangé les fleurs blanches dans la partie ombragée de notre jardin. Eva, ma femme, a été contrariée. J’ai grondé Bunny et lui ai donné de la salade fraîche, et même une tasse avec de l’eau, que d’autres animaux ont bu durant la nuit.  Mais j’ai également mis un piège, chargé avec toutes sortes de bonnes choses.  Cependant, Bunny – celui qui toujours semblait si naïf – était assez malin pour s’introduire dedans.

 

            Avec le temps, nous étions bien à l’aise – nous avec Bunny et Bunny avec nous.  Bunny ne s’est plus caché quand nous sommes venus au jardin pour nous promener.  Nous pouvions l’approcher très près en marchant lentement.

 

            En Californie, nous avons parlé de Bunny à notre petite-fille Christina, âgée de quatre ans. Elle était toute excitée et a souhaité venir rapidement. Quand elle est arrivée chez nous, quelques mois plus tard, immédiatement, elle a posé des questions sur Bunny.

 

            Nous sommes sortis dans le jardin avec Christina – et nous ne pouvions le croire nous-mêmes – Bunny était là, comme s’il l’attendait ; il était assis dans la partie inférieure de la pelouse, mâchonnant l’herbe.

 

            Christina a voulu se précipiter pour saluer Bunny, mais nous lui avons expliqué qu’elle devait marcher très lentement, et ne pas parler pour ne pas l’effrayer.  C’était un jour merveilleusement ensoleillé ; toutes les fleurs étaient épanouies et au milieu marchait notre petite-fille blonde, prudemment, progressivement, jusqu’au bas de la pelouse vers son nouvel ami, le lapin.

 

            Bunny n’était pas très rassuré et faisait semblant de ne pas voir Christina, tout en continuant de mâchonner l’herbe.  Mais je remarquais que sa tête se tournait vers cette petite fille et qu’il la regardait fixement.  

 

Quand Christina fut à quelques pas de lui – marchant maintenant très, très lentement – Bunny s’est redressé sur son arrière-train, ses oreilles dressées, les pattes avant soulevées, regardant droit dans sa direction.  Christina s’est arrêté immédiatement à mi-étape, un pied encore levé derrière elle du dernier pas, les deux mains légèrement en l’air, souriant à Bunny avec des yeux brillants.  Comment Bunny pouvait-il résister ?  Il l’a regardée comme s’il lui souriait aussi.  Quel beau tableau !    

 

            C’est alors qu’un fort bruit a retenti dans un des jardins voisins.

 

            Plus rapidement que l’œil pouvait le suivre, Bunny a disparu entre quelques plantes basses.  Christina est restée seule, dans sa ravissante posture, sur la pelouse ensoleillée.  Avait-elle juste vécu un vrai conte de fée ?  Avait-elle juste expérimenté la réalité ?  

 

Lentement, elle s’est tournée vers nous, moitié souriant, moitié pleurant, et s’est précipité dans les bras de sa mère.

 

            Bunny est revenu un moment plus tard, quand nous avions tous disparu.  De la maison je pouvais le voir cherchant à l’endroit où Christina s’était tenue.  Mais à ce jour, je n’ai pas revu Bunny depuis six mois.

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     Et oui, il y a également des chevreuils à Princeton – des centaines.  Mais ce n’est ni  une histoire drôle, ni une histoire heureuse.  Le problème n’est pas  que les chevreuils mangent toutes les fleurs et buissons décoratifs dans les jardins particuliers ; il y a aussi le fait  qu’ils provoquent des accidents de voiture – en quelques années, il y en a eu plus de cent - ; les voitures sont cabossées, parfois dérapent dans un fossé ou un arbre.  Normalement, il n’y a pas de victimes parmi les automobilistes, mais les cerfs, eux, sont grièvement blessés.  S’ils ne meurent pas  sur le champ, leurs souffrances peuvent être abrégées seulement par « euthanasie ».  En plus, les cerfs ne sont pas tous habiles pour sauter n’importe quelle barrière.  Ils peuvent sauter haut, mais  apparemment ils ne peuvent pas bien voir les barrières de fils métalliques ; ils ne se réceptionnent pas correctement sur leurs pattes, après le saut, et peuvent casser l’une de leurs fragiles jambes.  L’autre  jour, nous avons eu ce problème dans notre propre jardin.  L’animal souffrait tellement qu’il  pouvait à peine se déplacer au centre de notre jardin.  Là, il s’est couché – ayant justement choisi l’endroit où la vue de tous les arbres et fleurs est la plus belle – et là il a abandonné la lutte. 

 

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