2-08-05

Le Ferry du Raritan

Un ferry abandonné lhistoire dun vieil homme la pensée dun enfant pour vous

 

Un jour, je me suis surpris en train de rêver ... au sujet de grandes choses … au sujet des grandes choses que jai voulu faire dans ma vie et nai pas faites : la transformation de notre maison, un voyage dun bout à lautre des Andes, lécriture dune nouvelle, une oeuvre réellement importante.  Pourquoi ne suis-je pas arrivé à les réaliser ?  Trop de petites choses ont priorité ;  Jai un petit budget ; mon travail ne me laisse pas beaucoup de temps; mon inertie !  Ah ! Lorsque je prendrais ma retraite, alors je ferais toutes ces grandes choses !

 

Le matin suivant, je me sortis de lun de ces mauvais rêves quil marrive de temps en temps.  Javais vu un vieux bateau ancré derrière une bouée rouge, et javais imaginé combien il devrait être agréable de faire un grand voyage sur ce bateau.  Puis jai vu des ouvriers venir enlever le moteur du vieux bateau.  Il ne sortirait jamais plus pour voyager.  Jétais profondément attristé.  Pourquoi nétais-je pas parti avant larrivée des ouvriers ?  La bouée rouge ne pouvait-elle pas lempêcher ?  Quel non sens !

 

La majeure partie de cette journée, je me suis senti un peu déprimé, un peu troublé.  Tard dans la nuit, quand lhorloge a sonné minuit, jai commencé à écrire lhistoire du bateau.

 

* * *

 

En passant la barrière de péage entrant l’autoroute, la « Turnpike du New-Jersey », à la « Sortie 8 », direction Nord, on traverse immédiatement le fleuve de Raritan, en empruntant un grand pont.  Peu de gens remarquent le fleuve, leur attention étant accaparée par le flot de la circulation; mais cest lendroit où lon devrait regarder vers le fleuve, à droite, juste au-dessus de la balustrade du pont.  On doit choisir litinéraire des camions (à droite) sur le Turnpike, l’entrant juste après la barrière de péage, alors que lon peut avoir une bien meilleure vue du fleuve.

 

Autrefois, le Raritan était un beau fleuve.  À New Brunswick, le fleuve quitte le Piedmont entre les pentes escarpées des denières collines formées il y a des millions dannées quand lEurope sest séparé de lAmérique du Nord et à partir de là, ses eaux gris-bleu coulent à lest, à travers la plaine sédimentaire jusqu à locéan atlantique.  Il sélargit, dessine des méandres, bordé par une zone de plus en plus large dherbes aquatiques vert, tendre au printemps, brun doré a lautomne.

 

Dans lancien temps, les bateaux remontaient le fleuve avec passagers et cargaison, de New York a New Brunswick.  Puis les passagers et le fret continuaient le long le Kings Highway, maintenant route 27, par Princeton, jusquà Philadelphie, ou plus loin encore jusquà Baltimore ou Washington.

 

Les bateaux ne remontent plus le Raritan.  Les chemins de fer, les voitures et camions le longent bruyamment.  Plusieurs ponts enjambent le fleuve.  Le plus récent et le plus grand est le pont de lautoroute, appelé le « Turnpike », deux fois trois voies dans chaque direction, un total de 12 larges voies intensément utilisées.  Plus personne na le temps de regarder le fleuve, au travers de la balustrade.

 

Le développement moderne a apporté des problèmes dordures ; les grandes villes et lindustrie ont crée des dépotoirs.  Une carcasse de bateau-transporteur gît sur le rivage du Raritan, au milieu des herbes aquatiques, à quelques cent mètres à lest du pont de lautoroute.  Un bateau beaucoup plus petite repose à côté de lui.  Tous deux sont situés derrière une bouée flottante.

 

Autrefois, le gros ferry fréquentait les eaux du port de New York, naviguait entre la ville et des villes dautres rivages.  Cest un gros bateau, long et large, avec deux ponts, peint en jaune vif.  Chaque extrémité est équipée dune petite cabine juste assez grande pour le capitaine et lhomme de barre ; ces cabines sont peintes de couleur bleu-gris clair.  Elles sont situées à chaque extrémité de sorte que le bac puisse aller dans les deux sens.  Au centre du ferry, il y a la grande cheminée peinte dune très jolie couleur rose.  Cétait un beau bateau. ..autrefois !

 

Maintenant, il se repose à moitie incliné dans le marais, cerné par les hauts roseaux ; leau du Raritan effleure juste la proue.

 

Le petit bateau à côté de lui est blanc.  On ne le remarque pas, à moins de vraiment regarder.  La bouée dans leau vient également du port de New York ; elle est peinte en rouge, avec une petite tour sur le dessus, surmontée dun panneau carré.

 

Durant 18 ans, jai emprunté ce pont, mais jamais le trafic ne ma laissé apercevoir le ferry, que ce soit dans la chaleur des jours dété, dans la neige en hiver, dans les matins lumineux, dans les soirées brumeuses et même dans le clair de lune.  Par ailleurs, je nai rien su au sujet du ferry jusquà ce que je questionne le vieil encaisseur du péage de la « Sortie 8 » qui siégeait là, satisfait, tandis que je payais mon péage :

 

« Quel est le problème de ce ferry bloqué sur la rive ? »

« Cest toute une histoire. » 

« Quel genre dhistoire ? » 

« Il me faudrait trop de temps pour la raconter ici » me répondit-il tandis que quelquun klaxonnait derrière moi, impatient.

 

Deux semaines plus tard, je rendais visite à Henry le vieil encaisseur du péage dans sa coquette petite maison.  Elle est située dans le vieux quartier de notre ville où les maisons sont très rapprochées, sur une rue latérale étroite et silencieuse.  Là, toutes les maisons ont toujours un « porche » en bois, quelquuns aménagés avec des chaises confortables ou même un vieux canapé.  Durant les chaudes soirées, tout le monde sassoit là vieux couples, jeunes, parfois la famille entière et discute avec les voisins de part et dautre.

 

Cétait justement une chaude soirée dété, lors de ma visite ; nous nous sommes assis sur le porche dHenry, et tout de suite ses petits-enfants sont arrivés une petite fille et un petit garçon sinstallant là avec de grands yeux prêts à écouter notre discussion.

 

« Grand-père, peux-tu nous raconter encore ton voyage autour du monde ? » a demandé la petite fille.

« Ou nous raconter dautres aventures pendant la guerre ? » a interrogé le petit garçon.

 

Apparemment, Henry avait pas mal voyagé en ses jeunes années, et avait connu beaucoup daventures.  À présent, il vivait tranquillement, encore plus depuis le décès de son épouse, il y a deux ans.  Depuis peu, sa santé devenait fragile; il ne pouvait plus voyager.

 

Apprenant que nous allions parler du ferry, les enfants appellent leurs amis à travers la rue :

« Henry raconte encore lhistoire du ferry ! ».  

Rapidement, nous avons sept ou huit petits gosses autour de nous.

 

« Bien » dit Henry. « Bien, bien, je vais vous dire une fois de plus ce qui mest vraiment arrivé, il y a bien longtemps ».

« En ce temps, quand jétais beaucoup plus jeune, jaimais aller à la pêche, particulièrement sur le fleuve Raritan, au-dessous de New Brunswick.

 

À présent, tout pécheur sait que quelques poissons mordent mieux la nuit, particulièrement quand la pleine lune est au plus haut dans le ciel.

 

Jétais sur un petit bateau de pêche, l’une de ces belles nuits de printemps, et me laissais dériver vers le bas du fleuve silencieux.  Leau était haute.  Cela arrive quand la pleine lune produit une haute marée et ne laisse pas leau du fleuve séchapper vers locéan.  Javais une canne à pêche suspendue de chaque côté de mon bateau.  La lune apparaissait très belle dans le ciel ; elle donnait une lumière tamisée à la scène.  Jétais très heureux, me sentant bien dans cette nature. Ici et là, il y avait la voix des bêtes nocturnes, des grenouilles et des oiseaux rares.

..mais celle-ci. ..qu est ce que c était ?

 

« Krrrr...queeeeek...krr … trrrrrrrrr-queeeeeeeeek » sans arrêt.

 

Je retirais rapidement les cannes à pêche et les fixais dans le fond de mon bateau, en écoutent toujours ce bruit. Plus je dérivais, plus le bruit samplifiait.

 

« Krrrr queeeek. ...krrrrrrrrrr queeeeeeeek. »

 

Maintenant je pouvais entendre dautres bruits: « Krrrr. ..tock tock. ..queeek.. .clickclick.. .krrrrrr. »

 

Lentement, mon bateau se rapprochait dérivant sur le côté du fleuve qui abrite les hauts roseaux. Et tandis quil abordait un méandre du fleuve, jai vu soudainement un grand bateau devant moi, éclairé par la lune.  Il était peint en jaune.  A chaque extrémité, il y avait la petite cabine du capitaine peinte en bleu-gris, et au milieu, la cheminée dun rose-clair lumineux. »

 

« Oh comme cest beau! » dit la petite-fille dHenry

« Il ne faut pas linterrompre ; tu fais ça tout le temps » répliqua son frère.

 

Henri poursuit:

«Le gros bateau était coincé de travers dans les roseaux, mais la proue sétalait dans leau. Comme leau monte la nuit, elle pouvait soulever le bateau, le déplaçant légèrement avec le mouvement de leau.  Etait-ce tout?  Je ne faisais pas confiance à ce bruit.  Etendant mes mains sur les côtés de mon petit bateau, je pagayais aussi tranquillement que je pouvais vers les roseaux, et me glissais dans leur fourré.  Là, personne ne pouvait me voir, mais je pouvais observer le gros bateau à travers la dernière rangée de roseaux.

 

Jai entendu dans le lointain une horloge sonner les douze coups de minuit.  Pas loin de moi, une chouette a fait entendre son triste cri ... puis jai perçu un gros bâillement ... très étouffé … provenant du gros bateau!

 

Je restais immobile dans mon bateau, me tenant recroquevillé le plus possible, les yeux grands ouverts, ainsi que mes oreilles ... Je souhaitais quelles soient devenues plus grandes »

 

Henry sest enfoncé profondément dans sa chaise pouvant à peine voir la rue sombre au-delà de la rampe du porche.  Il demeure silencieux. Les enfants restent assis sans bouger. Après quelques instants pour laisser sinstaller le suspense, Henry poursuit :

 

«Maintenant, jentendais un petit bâillement… « haaawwww! »  

Je voyais un très petit bateau blanc – un dériveur – à côté du gros bateau, amarré également entre les roseaux.  Et devant eux, dans leau ...quelque chose d étrange »

 

« Le fantôme rouge » dit le petit-fils dHenry.

 

« Oui, vraiment. Cétait un petit fantôme rouge, se balançant de droite à gauche et de gauche à droite.  Il tenait ses bras étroitement serrés sur ses côtés, et avait une grosse tête carrée.  

 

Quand la stupeur sest apaisée, jai réalisé que cétait une bouée rouge avec une petite tour sur le dessus, oscillant avec les remous du fleuve.  Mais que se produisait-il maintenant ?   Les stores souvraient de chaque côté du ferry et les fenêtres laissaient passer une faible lumière comme si le gros bateau avait des yeux.  La même chose se produisait sur le petit bateau – deux phares séclairaient, ressemblant à deux petits yeux lumineux.  Et sur la tête de la bouée!  Quétaient-ce ces deux grosses lucioles avec leur lumière verdâtre?

 

Maintenant jentendais la voix du petit bateau blanc: « Il faut te réveiller gros ferry »

«Mais oui » répond la voix profonde du ferry, comme si elle sortait de la profondeur dun grand baril en métal.  «Est-ce de nouveau minuit de la pleine lune? »

« Tu dois poursuivre lhistoire du grand orage de 1921 que tu nas pas terminé la fois passée»

« Mais oui! »

« Il faisait très mauvais» dit le ferry, bien réveillé à présent.  «La nuit était descendue et le temps était devenu très mauvais.  Lorage a été dune telle violence que tout le port de New York a été battu comme sil y avait une grande marée.  Juste comme je traversais le milieu du port pour retourner à la ville, un grand navire plein de passagers est passé et a été renversé par l’orage.  Tous les passagers ont été jetés à leau.  Jai lancé mes moteurs à toute vitesse, allumé ma grande sirène, et courageusement jai foncé dans lorage vers le navire chaviré.  Je les ai sauvés ... jai sauvé tout le monde!  Je suis resté dans lorage jusquà ce que tout le monde soit à bord !  Alors, je suis rapidement revenu vers la ville afin que les passagers se sèchent et se réchauffent.

 

Le lendemain, le maire de New York est venu mapporter un drapeau d honneur.  J ai arboré ce pavillon pendant un mois, en naviguant à travers le port.  Il était demandé aux autres bateaux de me céder le passage.

 

Un jour suivant, le roi de Suède était en visite à New York. Une croisière dans le port, à bord dun élégant yacht blanc était programmée.  Mais quand le roi ma vu, il a estimé que jétais plus beau et il a souhaité faire la croisière avec moi.  Un orchestre est monté à bord et a joué de la musique tandis que je conduisais le roi, en ce jour ensoleillé, jusquà la petite île de la Statue de la Liberté, puis revenait en ville.  Tard dans la soirée il y eut même des feux dartifice.

 

Et ainsi, les histoires passent.  Chaque orage des cent dernières années et chaque aventure de navire dans le monde se sont retrouvés dans le port de New York, et ont contribué à faire du ferry un héros, apprécié par tous, toujours à lheure sur son trajet, quel que soit le temps, la chaleur en été ou le froid en hiver. »

 

« Nous devrions ressortir dans le port, comme nous le faisions auparavant » dit le petit bateau blanc, avec enthousiasme.

 

« Tu sais bien que ce nest pas possible» dit le ferry. « Face à nous, il y a la bouée rouge et tu sais bien quil nest pas permis de sortir quand il y a une bouée rouge!  Oh!  Sil y avait une bouée verte, je sortirais tout de suite.  Je mettrais en marche mes gros moteurs, leau écumerait autour de moi, tous les bateaux me céderaient le passage et nous serions de nouveau au milieu du port de New York, dans tout ce trafic. »

 

« Dong! »... Une horloge éloignée retentit.  Il est une heure du matin.  La chouette se dépêche de retourner sur son perchoir.

 

Les lumières des bateaux qui avaient ressemblé à des yeux se sont éteintes, Les fenêtres et les volets se sont fermés.

« Haaaawwww » ..un petit baillement retentit. Puis tout redevient silencieux.

« Krrrrr.. ..queeeeek.. .krrrrrr queeeek » ce bruit vient-il du ferry, du petit bateau blanc, de la bouée ?  Rien dautre.  La lune tournait plus basse.  

 

Soudainement, jai ressenti le froid.  Tout ça navait-il été quun rêve? Rapidement, jai ramé pour rentrer à la maison.

 

Le jour suivant, je partais en voyage pour ne revenir que cinq mois plus tard, en Novembre.  Laprès-midi de mon retour, jallais immédiatement près du fleuve Raritan, sautais dans mon petit bateau pour aller voir si le ferry était toujours là.  Cétait le temps dautomne; les arbres avaient perdu leurs feuilles; le ciel était gris; le vent froid faisait frémir leau.

 

Un gros bateau ma dépassé.  Il était surmonté dune énorme grue et avait un important chargement de ferraille.  Cinq hommes se tenaient sur le pont, grossièrement habillés, et sales.  Etaient-ce des bandits qui avaient volé tout ce fer, afin de le vendre?  Ils semblaient vraiment dangereux!  Leur bateau navait aucune inscription, ainsi il ne pourrait pas être identifié et localisé plus tard.

 

Alors quils atteignaient « mon ferry », ils ont arrêté leur moteur et ont regardé

« Voyons sil y a quelque chose à prendre, à bord » dit lun des bandits.

Leur bateau était très près du ferry ; ce sale type sauta dessus, et disparut rapidement à lintérieur.  Quelques minutes scoulèrent et il réapparut sur le pont, appelant les copains

« Le gros moteur est toujours à lintérieur! Nous devrions le prendre»

 

Ils ont manoeuvré leur énorme grue de sorte quelle atteigne le dessus du ferry.  Elle a rapidement soulevé un grand couvercle; un gros crochet a été descendu au bout dun câble dacier.  On pouvait entendre un homme frapper et jurer à lintérieur du ferry.  Puis la grue a soulevé, lentement, un énorme moteur, encore brillant dhuile qui ségouttait des extrémités débranchées, comme sil avait fonctionné il y a peu de temps.

 

«Nous prendrons aussi cette bouée rouge» dit lun des bandits. «Nous pourrons la mettre devant notre cachette, ainsi personne nosera venir nous chercher ».

 

Pour faire de la place sur leur bateau déjà trop plein, ils ont jeté du vieux fer par-dessus bord.  Une petite bouée verte quils avaient volée par ailleurs, se trouva déversée aussi et tomba dans leau, à lemplacement même quoccupait la bouée rouge volée.  Quelle coïncidence!

 

Je ne pouvais pas regarder plus longtemps.  Je me sentais si malheureux, tellement furieux, et désarmé dans mon minuscule bateau de pêche, seul contre cinq grands bandits.

 

En un rien de temps, le moteur de leur bateau se mit en marche, et ils disparurent dans un méandre du fleuve.  Cétait seulement trois jours avant la pleine lune.  Je devais attendre pour être avec le ferry quand il se réveillerait encore à minuit.  Peut-être pourrais-je le consoler.

 

Trois jours plus tard, jétais là, au bon moment, quand la nuit tombait.  Javais froid, jétais seul.  Jexaminais le vide sombre de leau.  Je me glissais près de « mon ferry », me cachais entre les roseaux.

 

« Dong,dong,dong... » lhorloge a sonné les douze coups de minuit.

Un oiseau a appelé dans le lointain, comme sil pleurait.  Les fenêtres-yeux des deux bateaux se sont éclairées faiblement.  Jai entendu de nouveau le baillement « .. .Haaaawwww ! »

 

Cétait le petit bateau blanc qui parlait de nouveau le premier: « Il commence à faire froid, ferry. Lhiver arrive. Nous devrions nous rapprocher pour être ensemble. Ensemble, tout est plus facilement supportable»

« Oui » répondit le ferry, tout en réfléchissant.

 

«Ferry» crie subitement le petit bateau. «Ferry, ferry ! Regarde! La bouée est devenue verte; nous pouvons sortir de nouveau ! »

« Ohhhh ! » crie le ferry dune voix que je ne lui connaissais pas – si chaleureuse, si pleine de vie et de force.  Ce devait être sa voix quand il était jeune, et naviguait dans le port.

 

Tout à coup, tous les volets se sont ouverts, toutes les fenêtres se sont éclairées.  Cétait comme si le ferry devenait plus grand, comme sil rassemblait de nouveau toute son énergie, toute sa puissance …..

 

….. cependant, tout restait silencieux !

 

Les fenêtres restaient éclairées et cétait comme si une énorme tension parcourait le ferry ….

 

 ...mais toujours le silence!

 

Plusieurs minutes devaient sêtre écoulées.  Il ny avait plus de lumières derrière les fenêtres.  Alors le ferry dune voix faible, usée, et creusé dit

«Je ne peux plus voguer.  Jamais plus ….

 

... Je nai plus de moteur!

 

Le ferry semblait senfoncer plus profondément dans leau froide et noire, un peu incliné, impuissant, coincé dans les roseaux.

 

*  *  *

 

Mon rêve sest achevé ici.  Je me suis arrêté décrire.  Quel rêve cruel.  Pour beaucoup de gens, cest ainsi que se déroule leur vie.  Ils voient tout le temps une bouée rouge les arrêter.  Ils attendent la bouée verte  ….  et si toutefois elle vient, il est trop tard.  

 

Mais je ne pourrais pas finir mon histoire ainsi.

 

Ny a-t-il rien à faire dans la vie quand toutes les espérances sont perdues ?  Ne pourrait-on pas vivre en paix, en acceptant la vie comme elle est ?  

 

Les auteurs savent quune histoire quils commencent à écrire prend parfois le cours d’une vie imprévue, différent de ce qu’ils pensaient.  Le voilà :

 

* * *

 

Henry continua de parler :

« Cette nuit, il y avait un long silence entre les bateaux, sur le fleuve Raritan.

Le petit bateau blanc sest rapproché du ferry, dans la froide obscurité, et a dit

 

« Ferry ! »

 

« Quoi encore ? » a murmuré le ferry.

 

« Nous avons été amarrés ici pendant 20 ans » dit le petit bateau blanc

 

« Oui » répondit le ferry

 

« Cétait agréable toutes les fois que tu racontais des histoires. ..des histoires toutes passionnantes et hautes en couleurs ! »

 

« Oui » dit le ferry

 

« Pourquoi vouloir partir encore.  Pourquoi vouloir subir les pressions des navires étrangers.  Pourquoi ne pas rester ici, ensemble; cest si beau et si calme ! »

 

Le petit bateau blanc sest penche contre le gros ferry.

« Nous pouvons être tout à fait heureux ici … tu continues à me raconter des histoires et moi je continue à técouter ! »

 

« Dong! » sonne lhorloge dans le lointain ; cest lheure magique.

 

Henry scruta lobscurité et demeura silencieux, perdu dans ses profondes pensées.

 

Sa petite-fille se serra étroitement contre lui, essayant de lui sourire, à travers ses larmes.

 

 

* * *