2-08-05

La mort du Combattant Taliban

Une belle vision se transformant dans l’obscurité

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Abdul était le quatrième enfant d’un tailleur de Kunduz, une ville du nord-est de l’Afghanistan.  Il était de petite taille et de faible constitution par rapport à ses frères, mais d’un comportement plus sérieux.  

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Un soir, sa mère emmena les enfants hors de la maison, pour admirer la nuit étoilée; elle chanta une douce petite mélodie.  Dans la chanson, elle appela la plus lumineuse des scintillantes étoiles et parla d’Allah qui vivait au-dessus d’eux.  Petit Abdul pensa qu’il pourrait voir le visage amical d’Allah dans l’obscurité et se sentit très heureux.

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Depuis cette nuit, Abdul eut envie de tout apprendre du monde autour de lui – le nom de toutes les étoiles, aussi bien que celui des plantes et des animaux, et où ils vivaient.  Au lieu de courir dans les rues avec les autres garçons, il prenait plaisir à s’asseoir à côté de son père qui lui apprenait à lire et à écrire.

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Le Taliban dirigeait la ville; les affaires étaient stagnantes et la famille n’était pas assez fortunée pour envoyer Abdul à l’école.  Mais aller à l’école c’était ce qu’Abdul désirait depuis longtemps.

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Un jour, un oncle vint en visite.  Il avait fait de bonnes petites affaires à travers les montagnes du Pakistan, à côté de la « Karakorum » Route.  Cet oncle fut impressionné par l’esprit vif d’Abdul et proposa qu’il fréquente une école de son voisinage, dirigée par un mollah.  L’oncle prendrait à sa charge les dépenses de scolarité pour le meilleur fils de son plus gentil frère.

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Il s’avéra que l’école était une medersa où un mollah du village gagnait sa vie et celle de sa famille en hébergeant en pension, dans le logement spartiate, environ trente-cinq garçons, et en leur enseignant tout ce qu’il savait du Coran, toutefois plus ou moins bien.

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Au début, Abdul fut déçu de ne rien apprendre au sujet des étoiles, des plantes et animaux.  Mais il découvrit un autre monde, le monde du Coran, l’enseignement de la bonne conduite dans la vie, qui lui donnerait accès au Paradis; il apprit maintes vieilles histoires sur l’aide qu’Allah avait apportée au peuple autrefois. Est-ce qu’Allah pouvait aider sa famille aussi?

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Le mollah traitait bien ses élèves.  À la fin du Ramadan, sa femme leur apportait quelques desserts qu’elle avait pâtissés pour le mollah, et les élèves pouvaient sentir l’arôme merveilleux des mets qu’elle préparait.  Ainsi, quand le mollah avait bien mangé, il était moins sévère dans son enseignement, comme quand il décrivait le Paradis.

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C’est alors que le combat en Afghanistan commença et que quelques avions américains bombardèrent tout près, à Mazar i Sharif.  Le Taliban réclama plus de volontaires pour leur jihad.  Abdul venait juste d’avoir 17 ans et désirait s’engager dans la guerre sainte contre l’infidèle.  Le mollah voulut honorer son école en envoyant quelques volontaires.  Certains de ses étudiants étaient des villageois peu enclins à apprendre, mais ayant probablement des aptitudes pour combattre; de plus, ils ne payaient qu’une petite pension au mollah.  Les meilleurs étudiants étaient souvent les fils et neveux de marchands qui payaient bien et apportaient des cadeaux.  Abdul appartenait à ces derniers.

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Le mollah ne voulait pas laisser partir Abdul, mais celui-ci l’exigea.  

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C’était encore le Ramadan et la soirée avant son départ, le mollah lui apporta de la nourriture supplémentaire avant même de s’asseoir avec sa famille pour le régal habituel.  Le mollah ressentait une certaine satisfaction d’envoyer douze de ses étudiants au Taliban – même le sérieux Abdul.

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Le groupe de jeunes volontaires partit durant la nuit, afin de ne pas être découverts par la police de frontière pakistanaise ou par le suppose ennemi.  Tandis que la première lueur du jour apparaissait, ils étaient déjà en Afghanistan et cheminaient dans une belle vallée, avec des arbres bordant le cours d’une petite rivière, d’épais buissons et parfois des champs bien entretenus.  Abdul eut l’impression d’aller chez lui.

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Un groupe d’hommes armés les arrêta et apprenant qu’ils étaient des volontaires, devinrent aimables.  L’un d’entre eux était toutefois différent; c’était le chef du groupe armé, un combattant d’al Qaeda.  Il était arrogant et sévère, comme s’il était supérieur aux autres.  Il ordonna aux volontaires de ne pas parler et de porter les lourdes charges d’approvisionnement qui leur avaient été fournies du Pakistan.  Ils n’y aurait pas d’autre nourriture jusqu’au soir.

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Après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent à Kunduz.  Les parents d’ Abdul avaient fui; tous ses anciens amis étaient engagés par le Taliban, les plus sauvages par al Qaeda.  Ils apprirent à utiliser les pistolets et furent contraints de demeurer dans des écuries transformées en casernes.  Est-ce que c’était cela la guerre sainte menant au Paradis?

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C’est alors que le bombardement américain de Kunduz commença.  Au début, ils entendirent quelques explosions lointaines traverser la nuit.  Quelques heures plus tard, les combattants blessés arrivèrent.  Au fil des nuits, les explosions se rapprochèrent et devinrent plus fortes; Une d’elles, plus violente, fit vibrer le bâtiment et l’air se chargea de poussière.

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Ils étaient peu nourris ces derniers temps et l’eau n’était pas potable.  Quelques-uns des hommes blessés furent introduits, dans la caserne, certains avec le corps troué d’éclats d’obus, d’autres avec les membres profondément déchirés, pleurant fortement ou silencieusement ou gémissant de douleur.

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Personne n’eut le courage de sortir la nuit, et rapidement la pièce devint d’une saleté malodorante.  Certains hommes prièrent longtemps au cours de la nuit, mais d’autres regardèrent fixement l’obscurité.  Ils ne comptaient pas échapper à cette horreur.

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La nuit suivante, le bombardement commença tôt, juste après le coucher du soleil.  Abdul pensa au mollah qui à cette même heure s’asseyait pour le dîner avec sa famille.  Une bombe frappa un côté de leur bâtiment; l’explosion fut assourdissante; les poutres du toit tombèrent sur les volontaires et les soldats blessés; beaucoup furent tués.

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Soudainement, Abdul fut envahi d’une énorme fureur contre le mollah.   Il imagina qu’il le voyait là dans la nuit; il prit son fusil et tira au hasard sur ce qu’il voyait.  

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Un soldat plus âgé et blessé qui se tenait près de lui, posa une main sur son bras et dit tranquillement : « Allah est miséricordieux et compatissant ».

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Après l’explosion suivante, Abdul entendit deux bruits métalliques distincts – comme les premières notes de la mélodie que chantait sa mère autrefois.  

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Abdul se leva et avança dans la nuit.  Il regarda les étoiles lumineuses – mais il ne pouvait pas voir le visage d’Allah au-dessus, dans l’immensité de la nuit.

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Abdul n’entendit même pas le sifflement de la bombe qui tomba pour lui déchirer.

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