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Abdul était le quatrième enfant d’un tailleur de Kunduz, une
ville du nord-est de l’Afghanistan. Il était
de petite taille et de faible constitution par rapport à ses frères, mais d’un
comportement plus sérieux.
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Un soir, sa mère emmena les enfants hors de la maison,
pour admirer la nuit étoilée; elle chanta une douce petite mélodie. Dans la chanson, elle appela la plus lumineuse
des scintillantes étoiles et parla d’Allah qui vivait au-dessus d’eux. Petit Abdul pensa qu’il pourrait voir le
visage amical d’Allah dans l’obscurité et se sentit très heureux.
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Depuis cette nuit, Abdul eut envie de tout apprendre du
monde autour de lui – le nom de toutes les étoiles, aussi bien que celui des
plantes et des animaux, et où ils vivaient.
Au lieu de courir dans les rues avec les autres garçons, il prenait
plaisir à s’asseoir à côté de son père qui lui apprenait à lire et à écrire.
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Le Taliban dirigeait la ville; les affaires étaient
stagnantes et la famille n’était pas assez fortunée pour envoyer Abdul à l’école.
Mais aller à l’école c’était ce qu’Abdul
désirait depuis longtemps.
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Un jour, un oncle vint en visite. Il avait fait de bonnes petites affaires à
travers les montagnes du Pakistan, à côté de la « Karakorum » Route. Cet oncle fut impressionné par l’esprit vif d’Abdul
et proposa qu’il fréquente une école de son voisinage, dirigée par un mollah. L’oncle prendrait à sa charge les dépenses de scolarité
pour le meilleur fils de son plus gentil frère.
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Il s’avéra que l’école était une medersa où un mollah du
village gagnait sa vie et celle de sa famille en hébergeant en pension, dans le
logement spartiate, environ trente-cinq garçons, et en leur enseignant tout ce qu’il
savait du Coran, toutefois plus ou moins bien.
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Au début, Abdul fut déçu de ne rien apprendre au sujet
des étoiles, des plantes et animaux. Mais
il découvrit un autre monde, le monde du Coran, l’enseignement de la bonne
conduite dans la vie, qui lui donnerait accès au Paradis; il apprit maintes
vieilles histoires sur l’aide qu’Allah avait apportée au peuple autrefois.
Est-ce qu’Allah pouvait aider sa famille aussi?
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Le mollah traitait bien ses élèves. À la fin du Ramadan, sa femme leur apportait
quelques desserts qu’elle avait pâtissés pour le mollah, et les élèves
pouvaient sentir l’arôme merveilleux des mets qu’elle préparait. Ainsi, quand le mollah avait bien mangé, il était
moins sévère dans son enseignement, comme quand il décrivait le Paradis.
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C’est alors que le combat en Afghanistan commença et que
quelques avions américains bombardèrent tout près, à Mazar i Sharif. Le Taliban réclama plus de volontaires pour
leur jihad. Abdul venait juste d’avoir
17 ans et désirait s’engager dans la guerre sainte contre l’infidèle. Le mollah voulut honorer son école en envoyant
quelques volontaires. Certains de ses étudiants
étaient des villageois peu enclins à apprendre, mais ayant probablement des
aptitudes pour combattre; de plus, ils ne payaient qu’une petite pension au
mollah. Les meilleurs étudiants étaient souvent
les fils et neveux de marchands qui payaient bien et apportaient des cadeaux. Abdul appartenait à ces derniers.
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Le mollah ne voulait pas laisser partir Abdul, mais
celui-ci l’exigea.
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C’était encore le Ramadan et la soirée avant son départ,
le mollah lui apporta de la nourriture supplémentaire avant même de s’asseoir
avec sa famille pour le régal habituel. Le
mollah ressentait une certaine satisfaction d’envoyer douze de ses étudiants au
Taliban – même le sérieux Abdul.
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Le groupe de jeunes volontaires partit durant la nuit,
afin de ne pas être découverts par la police de frontière pakistanaise ou par
le suppose ennemi. Tandis que la première
lueur du jour apparaissait, ils étaient déjà en Afghanistan et cheminaient dans
une belle vallée, avec des arbres bordant le cours d’une petite rivière, d’épais
buissons et parfois des champs bien entretenus. Abdul eut l’impression d’aller chez lui.
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Après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent à Kunduz.
Les parents d’ Abdul avaient fui; tous
ses anciens amis étaient engagés par le Taliban, les plus sauvages par al
Qaeda. Ils apprirent à utiliser les
pistolets et furent contraints de demeurer dans des écuries transformées en casernes.
Est-ce que c’était cela la guerre sainte
menant au Paradis?
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C’est alors que le bombardement américain de Kunduz
commença. Au début, ils entendirent
quelques explosions lointaines traverser la nuit. Quelques heures plus tard, les combattants
blessés arrivèrent. Au fil des nuits,
les explosions se rapprochèrent et devinrent plus fortes; Une d’elles, plus
violente, fit vibrer le bâtiment et l’air se chargea de poussière.
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Ils étaient peu nourris ces derniers temps et l’eau n’était
pas potable. Quelques-uns des hommes
blessés furent introduits, dans la caserne, certains avec le corps troué d’éclats
d’obus, d’autres avec les membres profondément déchirés, pleurant fortement ou
silencieusement ou gémissant de douleur.
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Personne n’eut le courage de sortir la nuit, et
rapidement la pièce devint d’une saleté malodorante. Certains hommes prièrent longtemps au cours de
la nuit, mais d’autres regardèrent fixement l’obscurité. Ils ne comptaient pas échapper à cette horreur.
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La nuit suivante, le bombardement commença tôt, juste après
le coucher du soleil. Abdul pensa au
mollah qui à cette même heure s’asseyait pour le dîner avec sa famille. Une bombe frappa un côté de leur bâtiment; l’explosion
fut assourdissante; les poutres du toit tombèrent sur les volontaires et les
soldats blessés; beaucoup furent tués.
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Soudainement, Abdul fut envahi d’une énorme fureur contre
le mollah. Il imagina qu’il le voyait là dans la nuit; il
prit son fusil et tira au hasard sur ce qu’il voyait.
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Un soldat plus âgé et blessé qui se tenait près de lui,
posa une main sur son bras et dit tranquillement : « Allah est miséricordieux
et compatissant ».
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Après l’explosion suivante, Abdul entendit deux bruits métalliques
distincts – comme les premières notes de la mélodie que chantait sa mère
autrefois.
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Abdul se leva et avança dans la nuit. Il regarda les étoiles lumineuses – mais il ne
pouvait pas voir le visage d’Allah au-dessus, dans l’immensité de la nuit.
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Abdul n’entendit même pas le sifflement de la bombe qui
tomba pour lui déchirer.
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